Abandon: Le Penible retour

Le Penible retour

      

        Mais, la nuit, réserve, bien des surprises, une averse, plus forte que les autres me réveille en sursaut, j’ouvre la tente, il fait encore nuit, je récupère mes lunettes dans la poche hamac au-dessus de moi, je vérifie l’heure : «  Merde alors, il est 04h30 » Plus  de doutes possibles, trop, c’est  trop ! Ce matin, je rentre, ce n’est plus possible de continuer ainsi, sur cette affirmation, je m’enfonce bien les boules « Quiess »au fond des oreilles, je n’entends plus rien, la pluie peut tomber, comme elle veut et je me rendors, comme je peux.

       La lumière du jour, me réveille, tient ! je n’ai pas entendu la sonnerie du téléphone ce matin, quelques gouttes tombent, par intermittence sur la toile de ma  tente, je m’extrait de ma position inconfortable de sardine, j’ouvre, la boite, non, excusez-moi la porte de la tente et que vois-je, le soleil qui pointe ses rayons à travers les arbres du bosquet, le calme après le déluge de la nuit, comme c’est étrange, je vous le disais , la météo, ici la pluie joue au  chat et à la souris, ce matin elle me nargue, histoire de mettre un peu plus de regret sur la décision  que je vais prendre.

       Je sors à l’air libre, en caleçon et torse nu : « Ouille ! Ouille ! Ouille ! il caille, frisquet , ce matin», un  épais  nuage de brume flotte au- dessus de la rivière, je vérifie la température au GPS : 5°, effectivement, il faut se couvrir, j’ enfile mon sweet-shirt  de la veille à gla-gla, c’est froid et humide, je l’échange vite fait par le sweet-shirt orange de rechange, que je récupère du sac à dos sur le chariot, je fais idem pour les chaussettes et le pantacourt, me voilà à neuf, je mets les affaires humides dans le sac plastique, prévu à cet effet, on verra plus tard pour le lavage  et  le séchage, je sors du bosquet et je vais jeter un coup d’œil au ciel, hors du bosquet, pour une meilleure vision, constat : le ciel est bien dégP1020580 1600x1200 hdtv 1080agé, plus de vent, simplement, une légère brise, qui  me  frôle le visage et les mollets, un temps idéal pour la marche, mais, il y a un hic, un gros hic ! Je m’assois sur ce qui ressemble à un ancien puits, je me tourne vers la Sèvre, je soupire et je me dis : «  je me dois de prendre l’ultime décision », au vue des éléments d’hier soir et de cette nuit, cela penche plutôt vers l’abandon, pur et simple, mais, ce n’est pas encore définitif à cet instant, il ne faut  pas se précipiter, j’ai trop pris trop de décision sur des coups de tête et cela m’a trop porté préjudice et handicapé, sur ma vie actuelle, donc, pesons bien le pour et le contre, mais je n’ai pas non plus la journée, pour réfléchir, et décider. Je dois faire mon analyse  et prendre cette maudite décision ce matin, pour cela, deux points sont  à vérifier, deux choses  importantes : Le physique, le mental

       Le physique : Aucun pépin de santé ; les pieds, c’est ok, ils suivent le rythme, avec un bon entretien journalier, pas de souci ; le dos, avec le chariot, il ne souffre pas de trop ; les jambes, idem que les pieds, avec de bons soins, étirements et massages, cela devrait le faire, à moins d’un accident ; le poids, de ce  côté, il diminue au fur et à mesure que j’avance, donc  cela devrait améliorer les performances. Bilan, pour le physique, il ne faut pas regarder de côté- la.

       Le mental : Là, par contre, il aurait  des choses à dire, à approfondir, après ma crise d’angoisse d’hier soir, je dois me poser des questions.

       Est-ce passager : Cela peut- il se reproduire ? J’ai déjà fait deux crises d’angoisse, dans le passé, il n'y a pas des années, en plus, cela ne prévient pas. A  l’époque, il y avait le stress du travail, changement de fonction, de nouvelles  responsabilités importantes : je comprends, mais aujourd’hui, pourquoi cette crise d’angoisse est-elle  survenue, elle peut être dû à quoi ?

       La météo : désastreuse depuis plusieurs jours, ses conséquences sur mon organisation : choix des campements sauvages ; les affaires qui ont dû mal à sécher, quand je regarde le foutoir dans la tente ce matin, les fringues encore humides ; l’humidité ambiante dans la tente, pas le temps de séchage assez long, cela sent l’humidité à plein nez  la dedans,  le bin’s, quoi ! Un fait, mais est-ce le seul ?

       L’éloignement de ma famille : Je pense que non, j’y suis habitué, durant ma vie professionnelle, j’ai  pas  mal de déplacements  au compteur : Batilly 20 mois ; Paris 24mois ; le Brésil en 97-98, donc, ne pas regarder de ce côté-ci.

       La solitude : c’est vrai que je n’ai pas rencontré grand monde, durant ces premiers quatorze jours, mais la solitude, j’aime bien, cela ne me dérange pas.

       Le défi  Saint Jacques de Compostelle: 78 jours, 1876kms : La peur de ne pas être à la hauteur du défi que je me suis lancé : Non, pas possible,  j’en suis certains, j’ai toujours relevé les défis que je me suis donnés, que ce soit sportifs (100kms de Millau  deux fois ; Marathon, un seul abandon en une vingtaine de courses), professionnels aucun échec en mémoire, malgré l’appréhension à chaque changement de fonction.

       Mon tempérament : Je suis un pessimiste avec un grand «  P », comme beaucoup de français, trois sur quatre, ce n’est pas alarmant, on vit avec, mais dans ce genre situation, peut il y avoir une incidence ?

       Bon, il est temps de déjeuner, j’ai l’ estomac qui réclame son dû, je vais  essayer de continuer, mon analyse en préparant mon petit déjeuner, en attendant que l’eau chauffe, je  commence à ranger, tant bien que mal le bordel ambiant, c’est vraiment la première fois, depuis que j’ai pris la route , de voir cela dans cet état, je démonte la tente, la pose dégoulinante sur le coin de libre de la table, le tapis de sol idem, au soulèvement de celui-ci une quantité d’eau impressionnante, s’en échappe, m’ éclabousse et mouille, mes chaussettes, BDM !. Eh bé, c’est mignon tout cela.

       Durant tout mon déjeuner, ma réflexion, reprends: comprendre  le pourquoi,  mais rien ne vient, je ne sais plus quoi faire, je rentre, je continue, je rentre, je continue et ainsi de suite le volte-face reprend. Je ne me comprends plus : « que je dois faire ? ». Là, je pense que le moral en a pris un sérieux coup, ma motivation est trop ébranlée, pour que je puisse continuer dans ces conditions, la décision la plus sage, est de stopper l’aventure ici, à Vertou, ce sera mon Waterloo à moi, je me prends la tête entre les mains et j’éclate en sanglots : « Ce n’est pas possible de continuer, je dois rentrer, mais, c’est certain, je reviendrai plus fort ». Les  yeux remplis de larmes, je finis tant bien que mal mon petit déjeuner et je range le tout, je tasse,  plus que je range, ce fatras dans mes sacs, la vaisselle, on verra à la maison.

       C’est le cœur lourd que je quitte mon chemin comme cela, je me répète sans cesse : un échec, c’est un échec. Je n’aime pas ça. Regarde Jojo, le soleil  est là, tu démissionnes, tu abandonnes, tu es un lâche, une mauviette, un bon à rien.

        Je m’assois une dernière fois sur le banc face à la rivière, espérant, qu’il pleuve pour justifier mon renoncement : et non, il ne pleuvra  pas. Je fais quoi, maintenant, encore, un dP1020582 1600x1200 hdtv 1080oute ? La tête entre mes mains, je regarde la rivière, ma belle Sèvre Nantaise, j’ai mal, je repense à toutes ces rencontres, fortes en émotions : Yves de Belleval de Montréal,  au Mont Saint Michel, le matin de mon départ, qui doit descendre  par la voie de Plantagenêt (Angers) et doit, ou à peut être aujourd’hui, dépasser Angers ; Aux petites sœurs des pauvres  la messe de 18h00, le copieux dîner et les vœux de prière demandés par sœur « Christiane » ; à Michel de Mauron  et aussi à Sainte Anne d’ Auray, la dame de l’accueil dont , j’ai oublié le prénom, je ne les vues que quelques instants, mais ,cela à suffit, pour qu’il se passe quelque de fort, dû à  leurs personnalités : le charisme  d’ Yves ;  la simplicité de Michel ; l’ amour des autres, pour les petites sœurs des pauvres,  la gentillesse, de la personne de sainte Anne d’ Auray, merci à tous .Tout cela me met hors de moi. Voilà pourquoi, il est difficile de rentrer.

       Il y aura des heureux ce soir à la maison, ma démission fera au moins le bonheur des miens !  Allez, je prends à droite, au revoir chemin, à bientôt, le retour, quand ?  Sera plus fort.

       Tout au long du chemin de retour sur Nantes, je n’ai pas arrêté de me ressasser, cela. Malgré tout, j’ai quand même pu observer le paysage,  la beauté de ce chemin.  Ce chemin pédestre, qui remonte vers Nantes : au confluent Loire-Sèvre Nantaise, soit environ sept kilomètres, sans rencontrer la moindre automobile ou  autres engins motorisés, il commence, à quelques centaines de mètres du bourg de Vertou. Ce chemin un festival de beauté,  pour les yeux  et  l’ouïe, on commence par les belles demeures  du style empire, flanquées sur les  hauteurs des collines à  ma droite, vue imprenable sur la rivière ;P1020584 1600x1200 hdtv 1080 toutes ces nuances de verts du feuillage d es arbres, le vert des pâturages environnants ; plus loin dans les marais, le chant des grenouilles ou crapauds, je ne saurai faire la différence  entre eux, mélangeant leurs coassements, aux gazouillis des oiseaux, une véritable symphonie fantastique ; la beauté majestueuse de la Sèvre Nantaise, nappée d’un léger manteau de brume, méandre paisiblement à ma gauche, dans une verdure sauvage et magique. Le calme, aucunes âmes  humaines, qui vivent, simplement, le bruissement de l’eau, les chants et les cris des bêtes sauvages.

        A mon GPS, il me reste cinq kilomètres pour terminer ce chemin,  soudain, une trouée  lumineuse, à ma droite, comme la lumière du saint esprit, une fenêtre s’ouvre sur la Sèvre, je m’ arrête, découvrant devant moi, un tableau’ Nature Vivante’, voyant  cette beauté matinale, je me détèle, je pose mon sac à dos, j’ai envie de prolonger cet instant, le plus longtemps possible, à cet instant, je ne suis pas pressé de rentrer, je m’assois, adossé, contre un magnifique chêne , je me sers un café, je regarde, je contemple, j’observe, le moindre détail, la scène qui peux m’émouvoir, tel ce canard colvert, qui s’ébroue au soleil, devant  moi à mes pieds, à quelques mètres,  de l’autre côté de la rive, un arbre plongeant , léchant  la surface des eaux paisibles de la rivière, je prends quelques photos, P1020604 1600x1200 hdtv 1080mais l’original, sera  là dans ma tête, caser, enregistrer, graver  à jamaisP1020585 1600x1200 hdtv 1080 dans ma mémoire, images que je ressortirai, quand je serai triste, mélancolique, à moins qu’ Alzheimer fasse table rase de tout cela, ce serait dommage, n’ est-ce pas ! mais, c’est le destin, qui le dira, eh! Ouais. Je prolonge, je prolonge, mais va falloir se remettre en route, si je veux être chez moi ce soir, ai-je envie, non ! Oui, c’est dur de quitter tout cela, ce sont ces instants qui vont  me manquer, le plus. Je pense à ces nuits en forêt, seul au monde, avec la nature, le silence pesant, mais bienfaiteur,  je voudrai que cela soit éternel, mais je ne suis pas seul, j’ai des responsabilités familiales, c’est fameuses responsabilités qui vous gâchent une vie. Les yeux embués de tristesse,  je note tout ceci sur mon carnet de route, ma mémoire, oh ! combien précieuse, de ce bout de périple. Hop ! debout,  je reprends ma lente progression vers le nord, je ne suis vraiment pas pressé, comP1020605 1600x1200 hdtv 1080me si un aimant, me retenait sur le chemin, retrouver le brouhaha de la ville, les voitures, une appréhension, qui m’oppresse de plus en plus,  me submerge : «  vais-je supporter cela ? ». Vous savez, on s’y habitue à cette solitude, 14 jours sans voiture, sans informations, sans ses medias, sans télé (le pied), qui nous accaparent  la vie et vous délivrent des flots d’informations, parfois, et le plus souvent inutiles, mais que l’on gobe, comme un oiseau, gobe la nourriture de ses parents. J’ai recroisé mes Highlands, elles n’avaient pas bougées ! Puis  arrive l’agglo Nantaise, entrée triomphale, une allée, bordée de magnifiques arbres multi centenaires, qui me font une haie d’honneur, rien que pour moi, sensationnel de beauté,  jamais vu cela : des tilleuls ; des frênes, je regarderai à la maison, encore de belles photos. Puis arrive le confluent  « Loire-Sèvre Nantaise », grandiose, là je quitte la verdure, adieux temporaires, passage au  pont Pirmil, place Victor Mangin, passage devant le stade Marcel Saupin, ma jeunesse, voici quelques beaux joueurs "Canaris",pour les amateurs de foot et de jeux à la nantaise :Bertrand Demannes, Maxime Bossis, Loic Amisse, Bruno Baronchelli. Arrivée à la gare centrale, je prends mon billet, il est : 12h30, j’ai deux heures et  trente devant moi, j’en profite pour faire une petite visite des alentours, le Château d’Anne de Bretagne, la cathédrale St Pierre et St Paul : Grandiose !, et je termine par un déjeuner, un petit bistrot sympa, dans une rue piétonne,  pas très loin de la cathédrale, puis retour à la gare. Pas très loin de la gare, soudain, un gros bruit, plutôt ronronnement bizarre, me fit sursauter, je regarde autour de moi, rien d’étrange, je lève le nez vers le ciel, qui s’assombrit soudainement : « hihihiihihiihi ! la  pluie revient », ne vous inquiétez pas,  c’est nerveux, donc ! je disais, un drôle d’oiseau ou plutôt drôle de cétacé « un béluga », en l’occurrence, en phase d’approche,  déchire le ciel, mon appareil photo en main: obligé!  Clic clac, c’est dans la boite, ce sera la dernière image et photo de mon mini périple.P1020633 1600x1200 hdtv 1080

       Départ 15h20, changement au Mans, direction Mézidon, l'autre changement, puis arrivée à Lisieux, je ne sais plus quelle heure, et puis, je m’en fout! C’est ma fille Amélie, qui  est venue me chercher ?  Le retour en terre Augeronne, est plutôt dur, je l’embrasse à son arrivée. On échange quelques mots sur mon voyage, sur le pourquoi, que c’est elle qui est venu me chercher, plutôt que sa mère, elle me répond: "Elle garde les loulous(les deux chiens)" puis, je ne peux plus parler, tellement l’émotion est forte : d'avoir quitté les chemins, de retrouver les miens,  Je ne sais pas, quel est le sentiment le plus fort.  La fin de trajet est silencieuse, la tête en appui sur l’appui- tête, légèrement tournée vers l’extérieur, je regarde, le paysage  défilé, mais, je vois rien, ma vision est ailleurs, c’est bizarre, comme émotion.  Arrivée à la maison, gros bisous à ma femme, sans rien se dire, c’est intérieur, mes deux chiens me font une fête d’enfer, eux au moins sont expressifs, ils me montrent clairement leurs sentiments, Mon fils Ismaël, est rentré plus tard, nous avons échangés quelques bribes de mon périple, la fatigue aidant, on verra cela demain, ce sera un autre jour. Ma première nuit, dans un vrai lit depuis quatorze jours, ah ! non, c’est faux, je mens: depuis 10 jours, car à Saint Anne d’Auray, j’ai eu le droit au lit du pèlerin.

              

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