7éme Etape: Colpo

Le creux (Plumelec) - Colpo

 

 

               Après, une nuit fort agréable, debout  sept heures, je mets le nez dehors, il fait frisquet ce matin, un petit 6° s’affiche à mon GPS, cela ne m’empêche pas d’aller me laver au ruisseau, une brume légère flotte au-dessus de son lit, je décide quand même de prendre un bain, malgré la température ambiante, l’eau, on en parle pas, mais franchement, une fois  dedans. Quel pied, un bien fou !  savonnage, rinçage oh, bien-sûr,  on ne reste pas des heures, cinq à six minutes suffisent, quand on  en ressort une sensation de chaleur  très agréable vous envahit, cela vous remets en forme, pour la journée. J’en profite aussi pour laver mon linge.

                   Bon ! Cela m’a ouvert l’appétit, un bon petit déjeuner, me voilà en super forme pour attaquer à bras le corps l’étape du jour, direction Colpo, un parcours  bien vallonné, un dénivelé positif de 288 m. Ce matin, le soleil est de la partie, une belle journée s’annonce.

                   Aujourd’hui, c’est dimanche et c’est mon jour  ‘’Resto’’, en effet dans mon budget  prévisionnel, je m’autorise un  repas hebdomadaire au restaurant, pas de folie quand même, il faut rester simple, je vais donc faire étape à  Plumelec, me dégoter un petit truc sympa et  me payer une entrecôte- frites, ce midi. Ce matin, j’avance bien malgré le profil vallonné du début de parcours, cela me parait facile, je prends de l’avance, en vue de Plumelec, je décide donc de ralentir la cadence, je « pause »  à St Aubin, chouette petit village breton, avec son Eglise, son calvaire magnifique.              

                                      Je repars, une demi-heure plus tard, j’entre à Plumelec, je me trouve un café, histoire d’attendre midi et pouvoir déjeuner, je prends ma p’tite mousse, quelques personnes sont  là, assises au bar, sirotant des petits ballons de blancs et d’ après leur conversation certains en sont à leurs sept ou huitièmes ballons, HIC !

                   Je passe ensuite à l’épicerie d’à côté  faire mon appro et je et je me dirige vers un petit restaurant sympa, situé juste en face de l’église, il n’y a pas foule.

                   Je commande mon entrecôte frite. J’entame la conversation avec le patron, on discute de mon aventure, je lui fait  la remarque, du peu de monde dans le coin, pour un dimanche matin, le patron très sympa, m’explique qu’il a ouvert il y a peu et que en cette période dans la région c’est très, très calme, je termine mon repas par une coupe de fraises, avec de la chantilly, qu’il m’offre gracieusement, un p’tit café, je règle la note, le patron m’accompagne à la sortie, me souhaitant une bonne route sous ce soleil de printemps breton .

                    Le  p’tit bain revigorant ce matin, le bon repas ce midi, très bon début de journée, si elle pouvait se terminer comme cela ce serait  l’idéal, profitant de la bonne fortune, je décide rallonger l’étape pour passer par la chapelle de Chaupas  ‘’Notre Dame des Fleurs ‘’,  la sortie de Plumelec, par  la rue Georges Cadoudal, général Chouan, durant les guerres de Vendée, un symbole pour moi, passionné de l’histoire sur  la révolution française et sur les guerres de Vendée. 

                    L’après-midi se passe super bien, de belles rencontres, ce paysan qui venait de mettre ses bêtes en pâture, qui m’a accompagné durant un bon kilomètre, me racontant ses difficultés de marche : « au revoir et bonne route à vous » me dit-il, « merci, bonne journée ». Le soleil cogne bien aujourd’hui, je bois énormément, ma gourde  se vide, ainsi que le « Camel bag », il faut refaire le plein et pas de cimetière en vue : « on trouve toujours de l’eau fraiche dans un cimetière, » il faut donc quémander auprès des habitations. Passant devant, une belle propriété, bingo, j’aperçois un groupe de personnes jouant aux quilles au fond de la cour, je leur souhaite le bonjour, il me retourne, la bienvenue. Je leur demande un peu d’eau :

-       Je pense qu’il nous en reste  un peu me répond un des participants en me montrant un verre d’apéro, on vous attendez.

-        Non, merci, mille litres, ce sera assez, mais sans jaune, pour moi.

-        Il n’y a plus de jaune, mais pour l’eau allez voire à la maison.

-        Merci à vous, bonne continuation.

                   Je m’avance vers la maison, des personnes, jouent aux cartes en terrasse et d’autres à l’intérieur s’affairent à la préparation d’un repas. Je détache mon chariot et retire mon sac à dos que je pose à l’entrée de la cuisine. Je prends ma gourde et ma poche à eau.

-       Bonjour, messieurs-dames, pourrais-je avoir un peu d’eau ?

-       Bien-sûr, monsieur, en attendant, vous prendrez bien une bière ?

-       Volontiers !

-       Une ‘Saint Erwann’, production bretonne, me dit le seul homme en cuisine.

-       Vous faites quoi, par ici, le tour de Bretagne ?

-       Non,  je pars pour St Jacques de Compostelle.

-       Ah bon, depuis combien de temps, vous êtes parti ?

-       J’en suis à ma septième étape, il m’en reste soixante-dix-huit étapes, soit mille quatre cent kilomètres.

-       Je ne voudrai pas être à la place de vos chaussures, bravo et bon courage !

                   Je bois ma bière tranquillement  tout en discutant avec eux, et j’apprends que c’est l’anniversaire de la maitresse des lieux, je le lui souhaite par politesse et sur ce, je les quitte en leur souhaitant une  très agréable soirée.

                   Je repars abreuver et tranquille d’avoir pu refaire ma réserve d’eau. J’aperçois du haut d’une colline, le bourg de Colpo en contrebas, ouf ! Je souffle, je n’ai plus qu’à traverser la ville, mon campement se trouvant de l’autre côté dans le bois  Coët Kermeno’ situé à deux kilomètres du bourg, je traverse Colpo, un arrêt bière s’impose encore, il fait vraiment chaud et puis un bar comme cela ouvert sur mon chemin, c’est tentant, n’est-pas ! et je prends la route du bois, il  est, hein ! 19h00, passé, j’ai l’impression  d’avoir joué au lièvre et à la tortue aujourd’hui et que, j’avais  joué, le rôle du lièvre : « qu’est-ce que j’ai trainaillé cette après-midi : « sept heure, ce n’est pas vrai ! ». J’arrive maintenant dans la forêt, il me reste plus qu'à trouver l'endroit idéal pour mon campement. Je fais un p'tit  kilomètre, quand, j’aperçois en sortie de virage, en pleine montée, une esplanade herbue sur ma gauche, au milieu de celle-ci se dresse un monument aux morts. Tiens! un monument aux morts, dans un lieu comme celui-ci, c’est plutôt étonnant, par curiosité, je vais jeter un œil : « Que fait cet édifice ici? ». En arrivant devant, sur la massive stèle en granit, on peut lire ‘’ A la mémoire des patriotes du maquis’’. J’apprendrai, le lendemain, sur mon chemin, après une halte désaltération, par des habitants, la mort à cet endroit en 44, de trente-trois résistants, abattus par les allemands, d’une balle dans la nuque.

                   Après ce moment d’histoire, je reprends ma prospection, je m’engage un peu plus profond  dans la forêt "pour être pénard", je décide de m’installer près d’une clairière, à l'entrée d'une belle allée verdoyante, bordée de pins immenses. On verra, plus tard, quelle bonne idée encore! Je monte la tente, je déballe, mes affaires, la fatigue me tombe dessus, comme un coup de poing en pleine figure, je n’ai  plus d’énergie. Pas de popote ce soir, ce sera casse-croute avec du pâté breton « Henaff », et le restant de café encore chaud du thermos, pour finir. Avant de me coucher, je prends quand même le temps de rassembler mes affaires dans le compartiment dédié à cela sous la tente, question de sécurité! malgré, qu’ici, je n’ai rien à craindre. Il fait encore jour, quand je me coule dans mon duvet. Je n’ai pas le temps de rêvasser, je m’endors comme une masse.

                   Puis soudain, je ne sais pas quelle heure il  peut être? J’entends, plusieurs chocs, je ne sais plus combien, cela ressemblait à des coups de pieds donnés sur la toile et sur le sol. Qu’est-ce que c’est ? La trouille de ma vie. La première pensée qui me viens toute suite à l’esprit: C’est un animal qui rôde dans le coin! La question maintenant: Un gros, un p’tit? A part un animal, en plein milieu de la  forêt, je ne vois rien d’autre. Je n’ose plus bouger, je suis tétanisé, je suis à l'écoute du moindre bruit du dehors, le moindre frémissement devient suspect, j’entends le souffle du vent qui s’est levé durant la nuit dans les arbres : «  Qu’elle heure peut-il être? ». Je n’ose pas allumer pas la frontale, de crainte d’attirer l’attention de cet ou de ces animaux rôdeurs. L’attente est longue, une éternité, impossible de redormir dans ces conditions. Et  puis boum, boum, encore, cette fois, cela frappé sur le sommet de la tente, je me dis: Tiens, à cette hauteur-là : 1.2m, ce n’est pas un animal, impossible ! Tant pis! je prends le peu de courage qu’ il me reste à cet instant, j’allume ma frontale, j’ouvre tout doucettement, la fermeture éclair de la porte, je sors la moitié de mon corps, je balaie sans sortir entièrement, autour de moi avec ma lampe, je ne vois rien d’anormal, je sors lentement de la tente à quatre pattes, à cet instant, je n'en mène pas large, soudain, badaboum, juste à côté de  moi à ma droite, je sursaute une fois, rebelote une deuxième fois en face de moi, me frôlant la tête, je fixe les endroits des tombées avec ma lampe et je remarque que ce ne sont que des pommes de pins. Je rentre vite, histoire de ne pas me faire assommer. Et, je me dis, en soupirant des ouf de soulagement : « Jojo, bravo, tu as encore fais le bon choix ». Je récupère les boules  ’’ Quiess’’, de ma trousse de soin, je les enquille bien au fond  des oreilles, je me replonge dans mon duvet, je referme le sac jusqu'au menton. Maintenant, je vais pouvoir finir ma nuit en toute tranquillité!              

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